Vacarme 14 / chantier la nature dans tous ses états

les fécondations artificielles, le droit et la nature

par Marcela Iacub

Les lois bioéthiques semblent avoir adopté à l’égard des techniques de procréation artificielle une position paradoxale. Elles n’interdissent d’emblée aucune des techniques procréatives présentes ou futures (hormis les maternités de substitution et l’ectogénèse). Elles ont le souci de faire croire que les enfants nés par cette voie sont conçus par la voie sexuelle ; que la nature n’a pas été troublée.

Ce paradoxe pourrait être interprété, à première vue, comme témoignant d’une certaine dévalorisation des techniques procréatives. En effet, pourquoi vouloir nier le fait qu’un enfant a été fabriqué dans une éprouvette si ce n’est parce que ces techniques ne sont pas été vraiment assumées et qu’il faudrait donc les cacher, tout en profitant d’elles ? Leur caractère exceptionnel, transgressif et purement orthopédique, l’idée qu’elles seraient, en quelque sorte, un moindre mal, justifieraient une telle position du législateur. Or on s’aperçoit assez vite que ce paradoxe n’est qu’apparent et qu’il est précisément ce qui permet que l’ouverture à ces techniques puisse devenir illimitée, tout en laissant au droit le pouvoir de s’inféoder leurs puissances et de les utiliser selon ses propres buts. Il s’agit donc de voir comment ces jeux institutionnels sont devenus possibles.

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