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Tout ce que nous voulons : vivre !

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Tout ce que nous voulons : vivre !

« À cette époque où le désir de vivre, le désir de jouir, se cantonne en quelques semaines ensoleillées, pourquoi se forcer à jouer les analystes en grande politique ? Est-ce que nous ne préférons pas savoir ce qui se passe dans la tête de ces paysans du midi que vous pouvez croiser sur les routes ? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux essayer d’imaginer dans cette liberté relative des vacances, quels rapports nouveaux d’amour peuvent s’établir entre les jeunes, comme à Montpellier, dans la fête du F.L.J. ? » Les meeting du Front National Jeunesse battent désormais le pavé et les fêtes sauvages organisées par le Front de Libération des Jeunes [1] (F.L.J) comme celle-ci, qui eut lieu en aout 1971 à Montpellier, ne font plus entendre le son des slogans : « nous ne sommes pas contre les vieux, mais contre ce qui les a fait vieillir ». Ces paysans du midi on ne les croise plus sur les routes chantant contre l’impérialisme domestique et le centralisme bureaucratique : « Cantarai pas que lo crit d’un poble sans enfant. E cantarei que lo dreit de vivre est Occitan » (« Je ne chanterai que les cris d’un peuple sans enfants. Et je chanterai que le droit de vivre est occitan »). Qu’à cela ne tienne, on laisse un instant de côté les analyses en grande politique (d’autres s’en chargeront mieux que nous) et on reprend à notre compte le titre du dernier numéro de Tout ! journal du groupe maoïste Vive la Révolution paru en août 71 : « Ce que nous voulons : vivre ! ».

Avant tout, ce qu’il faut refaire vivre, ce sont les paroles et les phrases, celles qui, par leur inertie, s’imposent trop à nous et sont trop chargées de ce que l’on cherche encore et toujours à dépasser. Il faut repenser ce qu’il y a sous les mots, sous les phrases, lutter pour en devenir à nouveau les fabricateurs, préparer les armes pour les rendre aptes à se retourner contre les adversaires. On va les resserrer nos concepts, mais ce sera en les réchauffant sous le marteau de la politique, en les cisaillant à la faucille de la nécessité ! Voilà donc une chronique pour partir sur les routes à la recherche des nouveaux paysans, un abécédaire qui veut chanter pour mieux faire taire.

Post-scriptum

Illustration : Léna Burger

la suite le 30 mars ! Moi, ça me dérange - Anatomie d’une voix et lutte pour la vérité

Notes

[1Le Front de Libération des Jeunes initié par certains membres de « Vive la révolution » avait lancé, lors de sa création en 1971, une campagne d’occupation d’immeubles dans le quartier des Halles, afin de créer de nouvelles institutions : des crèches, écoles, centres contraceptifs, centres de secours aux copains dans la merde, etc. Ils furent également à l’initiative de la campagne « Surveillez la police ! » visant à dissoudre les Brigades spéciales et à lutter contre l’Etat policier, lorsque Richard Deshayes, l’un des membres fondateurs fut grièvement blessé par un tir de grenade tendu en janvier 1971. Pour les copains dans la merde et contre les violences policières, voilà le programme.

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