Vacarme 77 / Cahier

(cosmiques joyeux)

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(cosmiques joyeux)

poème de la photo de profil

Se baigner presque en gris dans la mer presque beige
Avec juste un petit peu de bleu
Et quelques nuages qu’agrège
Sur l’océan mouillé le Tout miraculeux
 
Campé là droit debout les épaules trapèzes
Rien devant ni derrière un peu
L’horizon lointain que je baise
Par l’Océan épais dans mon dos si je peux

Morbihan, septembre 2014

chanson d’anniversaire

Six avril : le soleil d’hiver
M’offre un festin d’anniversaire
De grand bleu et de joie rentrée
 
Sortez tables sortez couverts
Coupes de champagne légères
Et laissez-moi me rencontrer
 
Je me sens comme la rivière,
Comme le marcheur solitaire
Qui va suivant le lent courant
 
Je me sens comme la vipère
Comme la mue de la vipère
Qui se regarde aller devant
 
Six avril : dans le printemps clair
J’anticipe un sept et j’espère
Que je ne vais pas me rater
Que je ne vais pas me ratant.

Rouen, 6 avril 2000

rien

J’ai lancé dans les girouettes
Un peu de braises de gala :
Du mauve, du bleu, pour la fête,
Des fraises fraîches trouvées là.
 
J’ai pris mon pouls, scruté la lune,
Poussé mon pas au halo bleu
Et prolongé, fuyant l’enclume
-- Au coin droit de la masse un peu.
 
J’ai cru, sous un toit de colchiques,
En quille renversée d’azur,
Pousser, au vent anachronique,
La plainte des vieilles masures.
 
La rose s’ouvre… à peine offerte,
Écartant hors l’écran ses bras,
La cuisse en contrebas ouverte
Pour un moment de débarras.
 
-- De l’embarras. Framboises, dunes,
Trouvées là par cliques au mieux,
Petites folles d’infortunes
Pulvérisées parmi les cieux.
 
Ondes, vous avez la musique,
Souple au mieux, ronde, à l’aventure
Dessinée dans les cieux pudiques
Que rien n’éveille que mon pas.

Mars 1999

une petite fille et sa mère à la plage

Très petite, quand elle saute
Les vaguelettes en riant,
On dirait un vieil astronaute
à l’apesanteur s’essayant.
 
Sa mère se tient tout près d’elle,
Dans ses bonds lui tenant la main.
Elles rient : « En voilà de belles ! »
-- Qui ne mouilleraient qu’un lapin.
 
La plage : « On revient sur la côte ! »
Saura-t-elle dire demain.
La mer est encore assez haute ;
Et sa mère lui tient la main.
 
Elles sont seules ; d’un coup d’aile,
Le vent leur montre le néant
Et tout, et les choses bien belles :
Et le Beau l’aspire, béant.
 
Elle est petite, et si elle ôte
Le Reste à la Main qui la tient,
Ni joie, ni promesse, ni faute,
Ne la gêne entre Tout et Rien.
 
Elle est seule au monde et sa mère
Lui fait beau son miroir d’enfant.
Elle ne voit que l’Univers,
Que Rien, et rien ne l’en défend.

Pirou, 1er août 2003

Post-scriptum

Nicolas Lenoir est né dans la Manche en 1970. Il enseigne la langue et la littérature du Moyen Âge à l’Université de Rouen

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Publiée dans Vacarme 77, , pp. 118-119.